Spinning Flower

Un blog qui parle de tricot, de filage, de laine, de dentelles, de tissage, de pays étranges et merveilleux, d'aquarelle, de plantes, et d'autres choses auxquelles je n'ai pas encore pensé... A spinning, weaving and knitting blog about wool, flowers, spind

22 novembre 2005

Couleurs

Bonjour! Vos encouragements sont vraiment gentils! J'espère vous apporter autant... Pour vous répondre, les modèles que je fais ne m'appartiennent pas tous (dentelles, pull Debbie Bliss, Aberlady...). Le premier modèle que j'ai fait moi-même est le fair isle - enfin, aidée par Knitting in the Old Way, et depuis, lancée par TN, j'expérimente avec plus ou moins de succès... souvent sur des volontaires âgées de moins de 5 ans... Une grande inspiratrice est Elisabeth Zimmermann, mais j'en parlerai une autre fois. Et les gilets des loulous sont bien en Noro, il faut veiller à commencer les deux manches avec la même couleur.

Vendredi dernier, j'ai reçu l'échantillon que j'avais demandé à Lana Corsa, ici à la lumière du jour:

laines_corses2

Cette laine me plaît, elle ressemble à du Lopi - mais je n'ai jamais vu de Lopi qu'en photo. Elle n'a pas l'air rêche du tout, elle semble douce, peut-être est-ce dû au fait qu'elle est mélangée à de la Mérinos. Seule la laine des agnelles est utilisée, les brebis servant normalement pour le lait. Le fil est un 1-ply et se tricote en 4mm, et certaines couleurs sont teintes à base de plantes. Je ne sais pas si c'est moi qui rêve ou si ces coloris sont vraiment aussi vibrants que je les vois.

En tous cas, je vais réfléchir à un petit projet, mais pas de bêtises, hein? J'ai déjà beaucoup trop d'encours.

En attendant que j'aie suffisamment avancé sur le reste et fait des photos à la lumière du jour, et dans la suite de l'ouverture du nouveau forum filage, je vous propose une revue de bibliothèque pour celles qui veulent se lancer dans les teintures naturelles (on a le droit de mettre des images comme ça sur le web?). Voici les livres qui m'ont permis de réaliser mes couleurs de cet été, de gauche à droite:

The Craft of Dyer: il n'est pas beau mais c'est peut-être le meilleur. Pour chaque plante utilisée, le livre donne une indication quant à la résistance de la couleur au lavage et à la lumière. Un point très important quand on ne teinte pas que pour le fun. Un mystère, elle obtient des tons de rose à base de lichens.

Natural Dyeing: un livre résumé, très simple pour débuter mais avec le minimum, à l'américaine.

craft  the_craft_of  weaver  wild  the_art

A Weaver's Garden: le plus sentimental, botanique avec un peu de chimie. Ce livre donne des éléments sur la culture et l'usage du coton ou du lin, mais aussi sur les plantes à savon que l'on utilisait autrefois pour laver (ou encore aujourd'hui dans la restauration des antiquités textiles), et également sur les plantes protectrices du linge. Le but est de comprendre comment faire son propre jardin... J'essaierai ça au printemps en faisant appel à Couleur Garance s'ils peuvent me fournir en graines. L'agriculture n'a jamais été mon truc, et puis avec 3m² je ne vais pas aller loin, mais enfin...

Wild Colors: très joliment illustré, mais attention, les couleurs sont forcément indicatives... Enfin, cela donne une bonne idée au premier coup d'oeil! Et comme je ne maîtrise pas hyper bien l'anglais - et que le latin n'avance pas forcément dans ces cas-là, une photo par plante était bienvenue!

The Art and Craft of Natural Dyeing: un recueil de recettes éprouvées et souvent anciennes, pour des résultats fiables, voyez la photo de couverture! Un inconvénient, je n'ai aucune idée de l'endroit où se procurer les produits chimiques dont parle ce monsieur par exemple pour le mordançage.

Le mordançage: cette étape ouvre la laine pour lui permettre d'être teinte aussi à l'intérieur.

alun

On mordance la laine avec 8% de son poids en alun (un des mordants les moins toxiques, attention cependant: aérer à fond, éloigner les enfants, prévenir quelqu'un que vous expérimentez et avec quoi, utilisez des gants de vaisselle mais jamais des ustensiles qui serviront dans la cuisine!!) et 7% de son poids en crème de tartre (acide qui balance l'effet basique de l'alun néfaste à la laine). Comme je n'avais pas de crème de tartre, j'ai mis un jus de citron. Exemple, pour 100g de laine, 8g d'alun et 1/2 jus.

Le processus de mordançage, après lavage de la laine et élimination des saletés qui pourraient nuire à une pénétration uniforme de la couleur, consiste à appliquer le mordant à la laine. Pour cela, on dilue le mordant dans de l'eau bouillante, on ajoute de l'eau froide, puis on met doucement dans cette eau tiède la laine en écheveau. On monte le feu jusqu'à ce que l'eau frémisse et on laisse frémir pendant une heure. La laine ne s'abime pas tant qu'on ne l'agite pas, qu'il n'y a pas de choc thermique et qu'elle n'est pas compressée: il faut beaucoup d'eau, 9l pour 200g par exemple. Puis on laisse refroidir, on rince plusieurs fois et à grande eau pour éliminer toute trace d'alun.

Le mordançage affecte la couleur finale mais la fait tenir. Par exemple, en utilisant du fer, on noircit la couleur. Avec le cuivre, on obtient un éclat particulier. On peut aussi utiliser une casserole en aluminium ou en étain ou en cuivre, plutôt que du mordant chimique. Ou encore: de l'écorce de chêne, de la feuille de rhubarbe, du thé... La teinture à la pelure d'oignon fait un bel orange et ne nécessite pas de mordant.

couleurs_r11

La teinture s'effectue de la même façon: on prépare un bain avec des plantes, soit par macération, soit par infusion ou décoction (feuilles, fleurs), il faut broyer les écorces si on en utilise. Le liquide est alors filtré, et lorsqu'il est tiède, on y met la laine que l'on porte à frémissement pendant une heure, puis qu'on laisse refroidir. A la fin, plusieurs lavages à grande eau très précautionneux évitent que la teinture déteigne une fois tricotée... Ne jamais faire passer la laine d'un bain chaud à un bain froid ou réciproquement! Pour ne pas vous fâcher en obtenant de la laine feutrée, commencez avec une laine traitée lavable!!

Et ici, on voit du rose (feuilles de poirier), du rose plus soutenu (écorce de poirier), du beige cuivré (écorce de bouleau, casserole en cuivre), du vert (orties, casserole en cuivre), du jaune (carottes sauvages), du beige clair et du plus soutenu (hibiscus et ronces).

La densité de la couleur dépend du poids de la plante utilisée pour un poids donné de laine, et du temps pendant lequel la laine se trouve dans le bain de teinture. Dans tout le processus, beaucoup d'eau est nécessaire car si la laine chauffe et qu'elle est en même temps compressée, elle risque de feutrer. Ajouter de l'eau ne dilue pas la couleur, intégralement absorbée par la laine.

Naturel? La chimie est toujours présente dans la teinture, même artisanale... Et il ne faut utiliser que des plantes réputées non toxiques, comme les arbres fruitiers. Il y a un côté bucolique dans une telle cueillette, une certaine authenticité à connaître les ingrédients utilisés, sans compter un goût pour le hasard car il est difficile de prédire le résultat: c'est ce que j'apprécie. Pour le turquoise, le plus simple est de revenir à la couleur synthétique, dont bien malin qui connaît l'effet sur la santé!!!

Voilà le minimum que je puisse dire!

A bientôt, pour des aventures extra au pays du poncho - tricoté en laines variables en ton, en texture (le brun est du mérinos ultra doux) et en épaisseur, un poncho sauvage, quoi.

Posté par fleurtdemalakoff à 23:05 - Teinture - Commentaires [6] - Permalien [#]

Commentaires

    Bonjour Fleur ! Je viens de tout lire car j'avais raté le début. Chapeau, c'est passionnant, je suis heureuse d'apprendre plein de choses sur la teinture, car ça me fascine, mais je suis béotienne.
    Avec du retard, je te souhaite la bienvenue dans la blogosphère et longue vie au forum du filage !

    Posté par Véronique , le 23 novembre 2005 à 07:50
  • Merci fleur pour cet exposé sur la teinture ! Ca fait partie de mes fantasmes,mais pour l'instant je n'ai pas trouvé le temps de faire ça sérieusement.
    Les indications sur les livres à se procurer vont
    m'être très précieuses ! Par contre où se procure t-on tous les produits dont tu parles, en droguerie ,sur le net ?

    Posté par jeanne-Marie , le 23 novembre 2005 à 08:27
  • C'est très intéressant tout ce que tu expliques Fleur ! Je ne me sens pas trop le courage de me lancer dans la teinture végétale, je ne suis pas une championne des casseroles... mais c'est tellement poétique de savoir qu'on a teint avec des écorces de bouleau ou des orties !

    Posté par Sandrine Tricof' , le 23 novembre 2005 à 08:29
  • Merci Fleur pour toutes ces infos, c'est passionnant. La découverte des couleur naturelles, des différentes plantes ou pierres qui donnent les couleurs donne envie d'en savoir plus. Mais que de courage pour s'atteler de façon pratique ces travaux...

    Posté par Val , le 23 novembre 2005 à 10:16
  • c'est très intéressant, merci pour toutes ces infos! bientôt une démonstration en images?

    Posté par Kim , le 23 novembre 2005 à 10:27
  • Ola Gringa, dompteuse de ponchos sauvages! Je suis sûre que tu arriveras à tes fins
    A propos de livres, encore une référence mais qui date de mon époque baba cool alors je ne sais pas si c'est encore édité (à l'époque c'était la grande prêtresse des teintures expérimentales dans le maquis...):
    La Science Des Teintures Animales et Vegetales
    Lydie Nencki
    C'esr vrai qu'aujourd'hui c'est pas facile de se procurer tous ces produits spéciaux genre alun et crème de tartre. Les drogueries ont disparu, quelle tristesse...

    Posté par Sophie , le 23 novembre 2005 à 22:15

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